Comment me suis-je retrouvée à faire Ammit, la déesse crocodile ? Mieux : comment me suis-je retrouvée à faire Ammit, la déesse crocodile, avec seulement deux mois pour le faire ?
En juillet, j’ai commencé à bosser sur un costume pour le Hérofestival, mais, même si c’était bien parti, je n’étais pas très motivée. Je trouvais qu’il manquait de challenge technique. Après discussion avec Neevillia, elle suggère que je fasse Khonshu, dont j’appréciais le design (grand et maigre, c’est tout moi…). Et là, j’ai eu le malheur de suggérer, pas vraiment sérieuse « et toi tu ferais qui ? Ammit ? Ce serait cool, mais il y a trop de boulot ». (Nous étions alors le 27 août).
Mais c’était trop tard, l’idée avait germer dans mon esprit. Je rappelais Neevillia un peu plus tard, après avoir potasser quelques images de référence :Je travaillerai sur Ammit et Khonshu dans l’idée que s’ils n’étaient pas fini à temps, et bien tant pis, on ressortirait autre chose.
Past!Sheldora est une hypocrite, car je savais pertinemment que je n’arriverai pas à laisser tomber et à décaler d’un an un tel cosplay.
Avec les articles « Making-of » je reviens sur la conception globale d’un personnage, incluant les erreurs commises en chemin, et même quand c’est possible la partie couture (dont j’ai généralement assez peu de photos…).
1. Choix du costume
Ammit n’apparaît vraiment que dans une seule scène, et encore de nuit… Donc il n’y a aucune variante de son costume. La difficulté a surtout été de trouver des images de référence. Par contre, les costumes de la série Moon Knight ayant été nommé pour l’Emmy « meilleur costume » on trouve quelques interview assez intéressantes de la costumière en chef Meghan Kasperlik, qui donne notamment des détails sur les matières utilisées.
2. Liste des éléments
Le costume d’Ammit n’a pas nécessairement beaucoup d’éléments, si on compare à des costumes comme celui d’Alphonse (making-of ici), mais ce sont par contre des éléments avec pas mal de détails, voire carrément des pièces maîtresses.
Ainsi, il fallait prévoir : une tête de crocodile, une longue queue couverte de tresses, un collier/plastron et une ceinture en forme de cobra.
Niveau couture, Ammit a une longue robe couverte d’une sorte de sur-robe dorée ajourée. En plus de cela, il fallait prévoir quelque chose pour couvrir les bras, car la robe est sans manches, et une coiffe.
3.Conception
- La tête de crocodile
La tête d’Ammit était bien sûr, avec la queue, l’élément central du cosplay. Elle a donc nécessité pas mal de prototype et de tâtonnements.
J’ai d’abord cherché du côté des mascottes/fursuit si un patron de crocodile ou quelque chose d’approchant existait. Sans trop de succès. En désespoir de cause, je me suis tournée vers un patron de raptor, et d’une marionnette dragon, et me disant que je pourrais toujours agrandir/combiner les choses.
Pour info, il s’agissait des patrons de Kazplay :
Finalement, je ne me suis pas du tout servi du raptor, mais le dragon m’a indirectement bien servi en me permettant de penser mon propre patron.
Un premier prototype, en carton, en modifiant le patron de dragon, échelle 1/2 :
Il y avait l’idée, mais ce n’était clairement pas tout à fait ça.
Cependant, en faisant mes recherches, toujours dans le milieu des mascottes/fursuit, je suis tombée sur le travail de mugiwara cosplay, qui expliquait entre autres, comme elle établissait ses patrons sur la base d’un modèle réduit modelé.
J’ai donc préparé une petite tête de Neevillia dans une échelle réduite :
Sur cette tête, j’ai pu modeler une tête de crocodile :
Le but étant de pouvoir ensuite recouvrir cette base de scotch de masquage et de tracer dessus, de la même manière qu’on ferait un patron de casque, directement sur la tête de quelqu’un :
Le patron obtenu, il suffit de le numériser puis de le tracer avec un logiciel type Inkscape afin de le mettre en taille réelle.
Avec ça j’ai pu faire un premier prototype en mousse :
Ça commençait à ressembler relativement à un crocodile.
Sur la photo, on peut voir que les yeux sont différents. J’ai pas mal tâtonné pour essayer d’avoir une arcade assez saillante.
Second problème : la tête était beaucoup trop grosse (déjà que la version finale est assez massive, j’imagine même pas si j’avais gardé celle-là...)
J’ai donc arrêté mon choix pour les yeux, et fait une version plus petite :
L’avantage d’avoir dû établir mon patron en numérique, c’est qu’il suffisait d’imprimer une version réduite. De mémoire, c’est 80 % du patron d’origine.
J’étais quasiment décidé à utiliser cette base-là, j’avais même fait un test avec de la plastiline, pour voir comment je pouvais faire les écailles :
Mais de face je trouvais que ça faisait un peu trop grenouille et pas assez crocodile. La tête, trop ronde, lui donnait un air un peu trop sympathique…
C’est finalement pendant ma pause déjeuner au boulot que j’ai eu l’illumination, et j’ai schématisé vite fait des modifications pour le patron :
Raconté comme ça, on dirait que c’était super rapide. Mais en réalité, c’était énormément de tâtonnements, de « j’enlève 1cm ici » « je rajoute une bande là ». Même si je bossais parallèlement sur d’autres éléments, et sur Khonshu, mon premier prototype en carton date du 27 août, et j’ai commencé à faire les écailles sur la version finale le 17 septembre. Le cosplay, c’est long.
En parlant d’écailles, comme je le mentionnais un peu plus haut, j’avais fait un test avec de la plastiline sur un des prototypes.
La technique est assez simple : faire une fine couche de pâte de mousse EVA, puis tracer des formes, comme des carrés déformés, pour imiter les écailles de crocodile.
Ammit a notamment un sillon tout le long de la tête, mais Dieu merci, les écailles ne sont pas symétriques de chaque côté du sillon. Sinon je crois que je serais encore en train de tracer les écailles.
Voici enfin la base finale avec un début d’écailles. On peut voir mon téléphone et un coin de mon ordinateur, tous deux affichant des images de références d’Ammit. Mais je me suis aussi pas mal servi d’image de vrais crocodiles, notamment pour la mâchoire inférieure.
Pour tout le reste de la tête, c’est basiquement la même chose : une fine couche de pâte, puis un tracé. L’avantage de l’aspect avec irrégulier de la peau de crocodile, c’est que la transition pâte sèche/pâte fraîche n’a pas besoin d’être parfaite. Cela m’a permis de travailler dessus en faisant plusieurs sessions de modelage, jusqu’à arriver aux dents.
Pour mettre de la pâte de mousse, il fallait d’abord mettre les dents, afin de former la gencive. Les dents sont donc modelées séparément en plastique thermoformable :
On fait ramollir des petites billes de plastique dans de l’eau bouillante, et on obtient une boule de plastique transparent très malléable, qui une fois refroidi gardera la forme donnée :
Ce sont les dents en trop, après les avoir collées à la superglue, il y a une trentaine sur la tête.
Là encore, heureusement, les dents des crocodiles sont très irrégulières, donc pas besoin de faire grand cas de la symétrie, simplement de respecter le fait que sur le devant et de chaque côté les crocs sont un peu plus gros. Par contre, à posteriori, j’aurais dû teinter le plastique dans la masse en beige/ivoire, ça m’aurait facilité la tâche pour la peinture plus tard.
Plus qu’à modeler les écailles manquantes.
J’ai fait la même chose pour la mâchoire inférieure, à la différence près qu’il y a des écailles plus petites et plus carrés dessous. Au cas où vous n’auriez jamais vu un crocodile du dessous (comme moi jusqu’à il y a encore deux mois), ça ressemble à ça :
notez le petit bourrelé un peu disgracieux tout autour.
A propos de la mâchoire inférieure, je me suis heurtée à un petit problème technique. Car pour toute la partie haute (sauf les yeux, pas encore fait à ce moment-là), j’avais utilisé une pâte de mousse EVA (appelons la A), mais une fois les petites écailles du plat de la mâchoire inférieure faites, j’avais fini le pot. Sauf que la mousse A venait d’un site qui a depuis fermé ses portes. Mais, prévoyante, j’avais commandé sur un autre site de la mousse B. Jusqu’alors je n’avais noté aucune différence dans les différentes pâtes de mousse (avant A j’en avais utilisé une autre pour d’autres costumes sans problème).
Sauf que A prenait très bien les détails, était relativement « sèche » et ne se rétracter pas, et B, c’était tout le contraire : très collante, si rebondie qu’elle regonflait les creux en séchant…
Pour vous donner une idée, voici le menton d’Ammit, la première utilisation de la mousse B :
J’ai fait exactement la même chose que pour le dessus de la tête, les sillons n’étaient pas moins creusés ou la pâte plus épaisse. La mousse a juste regarni les creux en séchant. Sur les côtés c’est aussi de la mousse B, mais cette fois en remarquant tous les creux en cours de séchage, nécessitant du coup un second passage sur l’ensemble de la pièce. (J’ai plus tard rattrapé le menton avec un passage de Dremel).
Dernière élément à modeler, le contour des yeux (avec la mousse B nulle du coup). J’ai fait un œil, ça rendait encore une fois trop rond, du coup j’ai testé autre chose de l’autre côté (en mettant du scotch pour éviter que le test colle sur la partie déjà faite). Ça rendait nettement mieux, du coup j’ai arraché le premier contour qui commençait déjà à sécher. Comme quoi, des fois, il vaut mieux recommencer…
Enfin les yeux sont des demi-sphères en plexiglas simplement collées à l’intérieur de la tête. Pour l’iris, j’ai juste colorié des yeux qui j’ai ensuite collé dans les demi-sphères :
Test d’yeux pré-peinture.
Avec ça, la tête était prête à peindre (les yeux seront mis plus tard pour éviter de devoir les masquer pour l’aérographe).
On le sait, j’adore la peinture, c’est ma partie préférée ! *SARCASME*
Si je n’aime pas la peinture, c’est avant tout pour son caractère définitif et sa propension à souligner le moindre petit défaut. Si on rate quelque chose durant la fabrication, on peut toujours réparer ou refaire l’élément, mais avec la peinture, on ne peut pas la retirer, juste éventuellement la recouvrir, et encore…
Bref, la peinture c’est nul.
Pour la tête d’Ammit, comme c’était une forme rigide qui ne risquait pas de se tordre ou se déformer, je n’ai pas fait d’apprêt. Une base vinylique ou autre aurait pu combler la texture des écailles, car celle-ci n’est pas très profonde (j’ai fait cette erreur avec le bec de Khonshu…). Donc j’ai simplement fait une couche de primer beige pour avoir une base plus claire que le gris de la mousse EVA.
Le vert est un mélange de peinture pour aérographe vert olive et vert caïman (forcément), un poil plus clair que le rendu voulu, car pour faire sortir les détails du modelage, j’ai ensuite passé un lavis marron :
A gauche le mélange de vert, à droite le vert avec le lavis. Les détails dorés sont eux faits au pinceau.
Les dents sont, elles, peintes en beige puis également passées au lavis.
Avec ça, la tête est finie !
- La queue :
Deuxième élément central du costume, la queue/coiffe de tresses. Sur le concept art d’Ammit, c’est bien une queue avec des écailles de crocodile, mais dans la série c’est plus un long regroupement de tresses.
Pour cet élément, la grande problématique a été le poids. En effet, tout reposerait entièrement sur les cervicales de Neevillia. Second problème découlant du premier : la mobilité. La queue est assez massive, alors comment se déplacer avec ?
Autant vous le dire tout de suite, la queue a beaucoup évoluée pendant sa fabrication, et pas mal de concessions ont dû être faites. Mais revenons au début :
Le plan d’origine, alors que j’étais encore pleine d’illusions, était de faire la queue entièrement articulée, afin de pouvoir la faire longue et la ramener sur l’avant, aux pieds de Neevillia. Pour ça, je me suis encore une fois tournée vers le milieu des mascottes/fursuit (mon fil Pinterest est uniquement composé du tuto fursuit maintenant). L’idée : faire un axe central, comme une colonne vertébrale, et y fixer des anneaux tout le long, comme ceci :
La queue ferait alors environ 2m de long. Et pour réduire le poids: un axe en mousse EVA et des anneaux en polystyrène extrudé.
Après trois jours de découpage et de sculpture au cutter pour former une pointe :
C’est là que j’ai réalisé le problème : afin de former les tresses, sans avoir à utiliser de vraies tresses en cheveux synthétiques (sinon le poids serait monstrueux), j’avais prévu d’utiliser des manchons d’isolation en mousse (similaire à ceux utilisés pour les serpents de Médusa, voir ici) coupés en quatre dans la longueur, sur lesquels seraient gravés les croisillons des tresses.
Sauf que ce matériau n’est pas élastique, rendant impossible le mouvement de la queue : il ne se tasse pas assez sur lui-même dans le creux de la courbe, et se s’étire pas à l’extérieur.
Les anneaux sont complètement bloqués.
Cela me laissait trois options :
1 - rendre la queue statique
2- utiliser un matériau élastique (tissu...) mais lasser tomber l’aspect tresses
3- sectionner les gaines en petits segments pour qu’ils puissent glisser les uns sur les autres, dans cette idée :
Après concertation avec Neevillia, nous avons décidé de rendre la queue complètement statique, considérant que l’aspect cheveux était le plus important. La queue a donc été réduite en hauteur afin d’aller du sommet du crâne au sol. J’aurais pu lui donner un mouvement courbe vers l’avant, mais ça aurait probablement gêné pour marcher :
L’avantage, c’est que ça réduisait le nombre d’anneaux nécessaires pour servir de base. Si quelqu’un a besoin de demi anneau en polystyrène de 8cm j’ai ce qu’il faut...
Pour maintenir la queue en place (Neevillia n’était pas hyper fan, du gros élastique sur le front, bizarrement), j’ai fait une base de casque. Le célèbre bol à chips (et si vous ne voyez pas de quoi je parle, je vous invite à aller voir le making-of de Thor (Ici), d’Alphonse (Ici), ou de Barry (Ici) que j’ai collé directement sur le polystyrène :
On peut apercevoir les 70 tresses que j’ai faite, une par une, prête à être collées. Par contre ne me demandez pas pourquoi y a de l’organza bleu qui traîne, je soupçonne un chat d’avoir fouiller dans mes restes de tissus.
Les tresses sont, comme je l’expliquais plus haut, un manchon d’isolation en mousse coupé en quatre dans la longueur, sans chercher à avoir des quarts parfaits, afin d’avoir des tresses plus ou moins larges. Ensuite chaque longueur est lacérée au cutter uniquement sur quelques millimètres de profondeur, en formant des y. Après quoi les découpes sont ouvertes à l’aide d’un décapeur thermique, passé furtivement sur la mousse (ça fond extrêmement vite). Cette étape permet aussi de fermer les alvéoles de la mousse afin d’obtenir un aspect plus lisse.
Les tresses sont ensuite collées sur la base en polystyrène à la colle chaude.
Sauf que le polystyrène n’aime pas trop la colle chaude, la mousse des tresses non plus d’ailleurs. Commence alors le grand jeu de « pas assez chaud »… « pas assez chaud »… « trop chaud »… « c’est bon »… « pas assez chaud ».etc.
Si vous voulez jouer, je vous conseille d’avoir une chute de polystyrène à portée de main, histoire de ne pas faire fondre votre base.
Il faut 35 tresses pour faire tout le tour :
Celles du dessus partent de plus haut, donc elles arrivent moins bas, mais ce n’est pas un problème car tout sera égalisé pour faire le rang suivant.
35 autres tresses plus tard, le bas est également recouvert. Mais la queue étain en pointe, ça donne quelque chose comme ça :
Beaucoup trop de tresses pour une petite surface. C’est donc beaucoup de tâtonnements pour couper certaines tresses en donnant l’impression qu’elles partent sous les autres, et pour affiner les tresses restantes en pointe.
Rien que pour ça, il m’a fallu deux soirées, toujours en jouant à « pas assez chaud/trop chaud » avec mon pistolet à colle bien entendu...
Pour le petit fun fact, j’avais prévu 70 tresses, chacune faisant 1m, soit 70 mètres de tresses. J’ai mesuré tous les morceaux que j’ai coupé, donc je peux affirmer qu’il y a 60,41 mètres de tresses sur la queue d’Ammit.
Et oui, il y a une jointure bien moche, mais ne vous inquiétez pas, le design a prévu le coup.
Pour la peinture, c’est niveau de compétence zéro (ça tombe bien c’est pile le mien), plusieurs couches de noir passées à l’aérographe.
Par ailleurs, la peinture va craindre le frottement, malgré une bonne couche de vernis satiné. (Vous la sentez la crise de nerfs, à deux jours de la conv ?). Finalement ça n’a pas trop frotté une fois porté.
Vous devez vous dire « Mais Sheldora, avec tout ça, la queue doit être assez lourde quand même ! Est-ce que Neevillia a fait le choix du tassement de vertèbres finalement ? » Alors oui et non (pas pour le tassement de vertèbres, forcément). La queue n’est pas extrêmement lourde, mais par contre elle est en effet trop lourde pour être portée comme un chapeau. Pour supporter le poids, j’ai fait un harnais qui se suspend dans le dos :
C’est une plaque de bois où sont vissées deux équerres à angle droit. Sur l’intérieur de la queue, contre le dos, il y a deux tiges qui dépassent. Les équerres viennent se glisser dessous et les tiges se vissent dessus grâce à deux petites vis et des écrous papillons :
Les tiges en question. les piques en bois servent d’appui pour coller les tresses, en laissant un écart pour glisser les équerres.
Plus tard, j’ai épaissi le harnais afin d’écarter la queue du dos pour faciliter la marche de Neevillia (ses talons tapaient contre la pointe de la queue).
Pour cacher la jointure moche, Ammit a une sorte de ceinture de tresses, composée d’amulettes en forme de scarabée, intercalées par trois perles plates.
La queue a une circonférence de 82 cm, alors autant vous dire que j’avais moyennement envie de modeler tout ça un par un.
J’avais déjà fait de petits moules à l’aide de pâte oyumaru pour faire tous les piquants de l’armure d’Alphonse ou les dents de Barry, mais là j’ai voulu tester une autre technique en utilisant du silicone pour joint de salle de bain.
On trouve pas mal de tutos en ligne, mais pour faire simple, il suffit de mettre le silicone, qui sort en fin boudin, dans de l’eau saturée de liquide vaisselle, et de malaxer jusqu’à ce que le silicone ne colle plus (trop). Après quoi on le met sur une surface qui ne colle pas (ici le carreau que j’utilise quand je travaille la polymère) et on y enfonce les éléments à mouler (préalablement modelés dans de la pâte fimo et cuits)
Il n’est pas parfait (le fond est un peu fin), mais pour un premier c’est pas mal !
Avec ça j’ai pu faire plusieurs tirages des éléments en pâte fimo air :
plus qu’à les poncer légèrement et les peindre en doré, avant de dissimuler la jointure des tresses.
J’ai aussi rajouté des « perles » sur le haut, en lamelles de mousse EVA de 3mm. Il y a normalement d’autres décorations, mais faute de temps, je me suis arrêtée là.
- Le plastron :
En guise de collier, Ammit a un large plastron, que l’on peut rapprocher d’un Ousekh, ce large collier, souvent en perles ou dans une plaque de métal, que l’on peut voir par exemple sur le célèbre masque de Toutankhamon.
Oui c’est un cosplay avec option égyptologie.
L’ousekh d’Ammit est assez simple : une large plaque de métal avec un disque central et des sortes de crocs sur les côtés. Comme j’ai patronné en même temps l’ousekh de Khonshu, donc je ne développerai pas ici le patronage.
La base du ousekh en mousse EVA de 5mm avec le tracé des décorations. Peut-être à cause de la couleur des traits, mais je trouve que ça donne l’impression qu’Ammit a acheté son ousekh au Wakanda…
Les éléments décoratifs sont découpés séparément dans de la mousse EVA de 5mm, puis les bords sont arrondis à la Dremel :
Pour donner un aspect plus bombé au cercle, j’ai d’abord mis un cercle de 3mm plus petit (pas du tout coupé à l’arrache).
puis les éléments sont collés ( à 13h48 visiblement) :
Pour la peinture, j’ai d’abord fait plusieurs couches d’apprêt vinylique (type colle blanche) à l’aide d’un pinceau mousse afin d’avoir une surface proche du métal martelé.
La couleur de base est simplement une peinture gunmétal, pour faire foncé mais métallisé. Ensuite un brossage à sec avec de la peinture dorée permet de faire ressortir la texture et les bords des décos.
- La ceinture :
Dernier élément du costume d’Ammit, sa ceinture, représentant un cobra enroulé dans une sorte de S. J’ai commencé par faire un patron :
Afin de voir où sectionner pour créer la superposition. J’ai finalement fait 4 pièces : 1. la bande allant vers la taille, 2. la queue principale 3. la pointe de la queue, 4. la tête. Toutes les pièces sont coupées deux fois dans de la mousse EVA de 5 mm :
Je l’ai en fait coupé deux fois, pour superposer les pièces et ainsi avoir 10mm d’épaisseur (je n’avais pas de mousse de 10mm). Les bords sont ensuite poncés pour former une courbe graduelle avec 10mm d’épaisseur au centre de la bande, et 5mm sur les bords, ainsi le serpent ne paraît pas complètement plat.
Les détails du serpent sont faits d’un mélange de techniques :
la tête du cobra en pâte de mousse EVA sur une boule en papier aluminium, tout comme la partie plate de part et d’autre, également en pâte, cette fois appuyé sur une lamelle en mousse de 2mm.
La partie ventre est une languette de mousse de 5mm, au bord arrondie et striée horizontalement au cutter. La languette est encadrée par un rondin de mousse EVA de 5mm de diamètre, également strié.
Enfin la totalité du corps est striée pour former un croisillon représentant des écailles.
Toutes les stries sont ensuite écartées grâce à la chaleur du décapeur thermique pour donner un aspect de gravure :
Je n’ai pas pris de photos, mais chaque côté a été prolongé d’une bande (poncée et gravée) afin de faire le tour de la taille.
Le pompon, que j’avais totalement oublié jusqu’au moment de peindre, est une bande de mousse EVA de 5mm avec des stries verticales, et une bande de mousse de 3mm qui s’enroule autour du serpent.
La peinture est faite de la même manière que l’ousekh, à la différence que la base vinylique est diluée pour être passée au pinceau sans laisser de marque, ensuite c’est une base gunmetal rehaussée d’un brossage à sec doré. Le bord est également peint totalement en doré.
4. La couture
- La robe :
D’après les différentes interviews que j’ai pu lire concernant les costumes de Moon Knight, la tenue d’Ammit est une robe recouverte d’une sur-robe composée d’un tissage de perles formant des losanges. Pour imiter ça, Neevillia a réalisé une robe cintrée, basée sur un patron qui servi à de nombreux costumes, et la même robe en tissu résille doré :
Tout comme sur l’original, Neevillia porte par-dessus la robe, sous la sur-robe, un serre taille en (simili) cuir marron, que j’avais dans mes affaires depuis… 2012, encore neuf avec son étiquette. Comme quoi il a fini par servir !
- Les bras :
Grande question au moment de réfléchir à ce costume : comment faire pour les bras de crocodile ? Impossible de les maquiller puisque pour faire le trajet aller et retour à la convention, Neevillia porterait des vêtements civils avec manches (nous étions en novembre quand même).
J’ai finalement eu l’idée de faire des manches à l’aide d’un collant, me rappelant de la technique utilisée par Neevillia pour son costume de Mystique des X-men. Il suffisait de trouve un collent vert avec un imprimé ressemblant à des écailles. Ce qui est impossible à trouver. Sincèrement, j’ai trouvé du serpent rose fluo, mais vert, non.
En désespoir de cause, j’ai acheté un collant effet python beige, dans l’idée de le teindre, en espérant conserver le motif :
Le collant donc, avec une teinture faite avec de l’acrylique diluée dans de l’eau. J’ai du coup utilisé le même mélange de vert que pour la tête.
Verdict :
Plutôt pas mal.
L’objectif était de coudre le collant afin de former comme des gants, mais vu la difficulté à faire ce genre de couture seule et le manque de temps, Neevillia a eu l’idée de simplement faire des trous pour passer les doigts et de mettre des gants dorés pour créer un contraste du genre « c’est fait exprès ».
Cette idée est inspirée du film « La Momie » (le reboot) où le personnage de Sofia Boutella a le bout des doigts décorés de bleu :
Du reste, des étuis de doigts (et d’orteils) en or pouvait être mis sur les défunts afin de protéger les extrémités.
C’est un ajout de notre part, mais ça passe je trouve.
- La coiffe :
Je triche un peu en la mettant dans la partie couture alors que quasi rien n’est cousu dessus. Là encore, c’est un élément inspiré d’un vrai truc : la coiffe rayée iconique : le némès.
Fait en dernier et un peu à la bourre, je n’ai pas de photo de progression.
On pourrait croire que c’est une simple bande posée sur la tête, mais le patronage a été plutôt galère.
j’ai d’abord fait une forme de némès classique (moins la partie longue derrière), mais comme Ammit est un crocodile, la tête très plate, les yeux très hauts et l’absence de front, le faisaient tomber n’importe comment.
C’est finalement en mettant la coiffe à l’envers (partie front vers l’arrière) que ça a fini par tomber correctement. J’ai fait une pince au milieu pour resserrer les pans et voilà.
Le nemès est coupé dans du simili cuir noir qu’il me restait de la ceinture de Barry. Les bords sont rabattus pour former un ourlet dans lequel passe un très fin (0,8 mm) fil d’aluminium pour aider les pans à se poser correctement. Tout comme la ceinture de Barry, le némès est doublé avec de la feutrine noire afin de cacher l’envers gris du skaï.
Les rayures sont des demi rondins de mousse de 0,5mm de diamètre (je vous laisse imaginer la facilité avec laquelle on coupe en deux un tube d’un demi centimètre…), peints en doré et collés directement sur le simili :
Et donc, rendu final :
c’est la seule photo d’Ammit que j’ai, il faudra s’en contenter pour le moment...
Conclusion
Je voulais un costume avec un peu de challenge technique, et j’ai été servie ! En soi, je ne suis pas sûre de dire qu’Ammit ait été un costume difficile à faire. En réalité c’est surtout le temps qui m’a manqué, deux mois, avec Khonshu à faire en plus, c’était un peu juste.
Dans ce making-of je suis revenue sur la conception globale, pas forcément sur tous les petits ajustements que j’ai dû faire ça et là, qui prennent finalement énormément de temps.
Il y a aussi des contraintes liées à la convention en elle-même : la queue aurait pu être plus impressionnante si elle avait été faite pour un shooting photo, ou éventuellement pour un passage sur scène. Là Neevillia devait pouvoir marcher, déjà que sa nuque était complètement bloquée par le combo queue + tête.
Oui il manque des détails comme certaines décorations de la queue, ou des éléments mineurs comme les bracelets de biceps, mais globalement je suis assez fière de ce costume.
Pour chaque cosplay en making-of, je souligne un(des) point(s) négatif(s), et au contraire, j’essaie de trouver au moins un élément positif.
Ce que je ferais différemment :
- la queue : je ne sais pas comment je la ferais, mais je ne la ferais pas comme ça. Ce bloc rigide était extrêmement peu confortable à porter, difficile à transporter (en travers de la voiture…), et sera probablement compliqué à stocker.
- la tête du cobra sur la ceinture : j’ai trouvé une image de référence (trop tard) où on pouvait voir que le serpent a en fait une pose d’attaque la bouche ouverte.
- la tête : alors oui Neevillia y voit que dalle avec, et les yeux sont verts au lieu d’être doré (oups…), mais je l’ai entièrement patronné moi-même sur la base d’un modelage à échelle réduite. Et c’était vraiment intéressant comme technique de patronage !
- la ceinture : même si la tête du cobra serait à refaire, je trouve qu’elle fait assez bien le job. Rien de très compliqué à faire, mais elle rend bien.
- la peinture : bon aimer est un bien grand mot, mais au moins je ne déteste pas la peinture sur ce costume. J’ai essayé de faire un peu plus d’efforts et ça se voit (un peu...)
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C’est pas tout ça, mais il nous manque un grand piaf maigre par ici non ?

























